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Rencontre avec la Dre Indira García Arredondo - Propos recueillis par Luisa Sanchez

Médecins cubains au Brésil : La solidarité médicale cubaine n’est pas mercantiliste

Von Luisa Sanchez

Invitée par des associations de soutien avec Cuba pour une tournée européenne, mediCuba-Suisse a profité de son voyage pour organiser quatre rencontres avec le public suisse (Berne, Genève, Yverdon-les-Bains et Bâle), afin qu’elle explique son travail de femme médecin internationaliste, raconte son expérience, ainsi que les raisons du départ des médecins cubains du Brésil et des conséquences pour la population.

Médecins cubains au Brésil : La solidarité médicale cubaine n’est pas mercantiliste

Une quarantaine de personnes sont venues à Genève écouter et poser des questions sur la situation au Brésil après le départ des médecins cubains. Photo: medicuba-Suisse

 

La Dre Indira García Arredondo est une jeune femme, mère d’un petit garçon de 4 ans, cela fait 10 années qu’elle exerce sa profession en tant que médecin généraliste. D’abord à Cuba, dans sa province natale (Villa Clara), puis en tant que médecin internationaliste à la mission « Barrio adentro » au Venezuela, et plus récemment au programme « Mais médicos » au Brésil.

Elle a toujours su qu’elle serait médecin, car elle aime rendre service et s’occuper des autres. Grâce à la possibilité de réaliser des études supérieures gratuitement et au soutien de ses parents, elle a terminé ses études en médecine avec succès, puis réalisé le service à la communauté (2 ans) et finalement, elle a quitté son pays pour servir dans d’autres latitudes. Elle parle de son travail de médecin comme d’une mission d’amour et de solidarité. « Ce n’est pas simple de s’engager dans une mission médicale ; c’est d’abord un choix très personnel, car il faut laisser sa famille pendant un certain temps pour aller travailler dans des endroits reculés et difficiles ; mais les apprentissages professionnels sont exceptionnels et l’expérience de vie un atout inestimable. »

 

Internationalisme et solidarité

Malgré leurs faibles ressources économiques et les problèmes quotidiens, Cuba réalise des missions médicales depuis 56 ans. Ce sont plus de 400 mille médecins cubains qui ont aidé, soigné, pansé, opéré, écouté, servi des peuples lointains dans 164 pays et dans des situations complexes, difficiles et dangereuses. « Il y a divers types de missions : certaines sont totalement financées par le gouvernement cubain, d’autres sont organisées à la demande de l’OMS (p. ex. la lutte contre l’Ebola en Afrique de l’Ouest en 2014), et d’autres sont des contrats passés avec des gouvernements et organisations internationales (p. ex. Barrio Adentro au Venezuela) ».

« Les médecins cubains reçoivent leur salaire et un perdiem pour vivre pendant leur mission. Ils travaillent 11 mois par année, ont droit à un mois de vacances à Cuba, mais aussi de faire venir la famille jusqu’à trois mois dans les lieux de travail ». Mais pour faire partie de ces missions médicales, il faut plus que l’envie et la volonté : « Il faut présenter des examens très poussés dans la spécialité de généraliste, mais aussi de la langue et du système de santé (politiques et administration) du pays dans lequel on doit se rendre. C’est un défi personnel, mais aussi patriotique ».

En effet, pour la Dre García, comme pour la plupart des Cubaines et Cubains, la solidarité reçue doit se payer avec la solidarité ; c’est pour cela qu’elle a décidé de quitter son fils (laissé au soin de ses grands-parents) pour remplir son devoir au Brésil, où le gouvernement de Dilma Rouseff avait lancé le programme « Mais médicos » en 2013.

 

Dre Indira García lors de la conférence à Genève, septembre 2019. Photo : medicuba-Suisse

 

« Mais médicos » des médecins pour tous et partout au Brésil

Pour rappel, ce programme avait pour objectif d’étendre la couverture médicale aux régions les plus pauvres du Brésil. Il a couvert 3'511 municipalités, dont 701 n’avaient pas de centre de santé et où aucun médecin n’y avait mis les pieds. Les professionnels de la santé brésiliens ont eu la priorité pour pourvoir les postes désignés, les postes vacants restants ont d’abord été offerts à des brésiliens diplômés à l’étranger, puis à des médecins étrangers. Le gouvernement cubain a accepté de participer à ce programme à la suite d’une demande de l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS) et du gouvernement brésilien. 

La Dre García a été affectée à Sao Paulo, dans un centre de santé urbain, où elle a bien été accueillie par le personnel soignant du centre, ainsi que par les patients. Son professionnalisme, écoute et savoir-faire dans le diagnostic et suivi des patients, lui ont valu un grand respect, tout comme ses compatriotes affectés dans les communautés amazoniennes ou dans les favelas.

 

Propagande, mensonges et scandales

Pendant la campagne présidentielle de 2018, Jair Bolsonaro, alors candidat, a commencé à lancer des attaques contre les médecins cubains au Brésil. D’abord en accusant Cuba « de faire de ses médecins des esclaves », puis en mettant en doute le professionnalisme des médecins (Ndr : Bolsonaro a accusé les médecins cubains de prosélytisme). Pour la Dre García ce fut un choc. « Nous – les médecins cubains – ne sommes pas allés au Brésil pour faire de la politique, mais pour soigner, pour venir en aide à ceux qui en avaient besoin, pour faire valoir un droit fondamental, comme l’est celui à la santé ».

Mais plus la campagne présidentielle avançait, plus les attaques devenaient insupportables. « Nos patients nous disaient qu’ils avaient confiance en nous, qu’ils ne voulaient pas que nous partions, car ils avaient besoin de nos soins ». Lorsque Bolsonaro a été élu, le gouvernement cubain a cependant décidé de se retirer du programme, car la sécurité et l’intégrité de ses médecins n’était plus garantie. C’est donc avec un grand regret que la Dre García a dû laisser ses patients. Elle a gardé contact avec certains d’entre eux et ils lui disent que ce n’est plus pareil sans les médecins cubains, surtout dans les zones les plus éloignées des centres urbains, où aucun autre médecin ne veut y aller (Amazonie, favelas, …).

Malgré sa jeunesse (elle n’a que 33 ans), la Dre García fait preuve d’une lucidité extraordinaire et d’un engagement à tout épreuve, pour ce qu’elle considère : un devoir à son pays et à son peuple. « Bien que le système de santé brésilien soit gratuit, il est loin d’être universel, comme à Cuba. En fait, la coopération médicale cubaine n’est pas mercantiliste, elle est guidée par l’internationalisme, la solidarité et l’humanisme. »

L’Assemblée générale des Nation Unies a adopté, il y a quelques jours, la déclaration de couverture sanitaire universelle : un pas en avant pour rendre les soins sanitaires accessibles à toutes et tous partout dans le monde ! Mais ce qui semble une bataille de gagné sur la scène internationale, est une réalité à Cuba depuis les années 60. C’est pourtant un pays à faible revenu, avec un blocus économique, commercial et financier imposé depuis des décennies ; preuve qu’il ne s’agit pas seulement de moyens économiques, techniques et humains, mais bien d’une volonté politique forte qui met tout en œuvre pour donner à toute la population un accès à des soins et services sanitaires de qualité.

mediCuba-Suisse est une association à but non lucratif. Fondée en 1992, elle soutient Cuba dans ses efforts pour offrir un accès universel et gratuit à des soins et services de santé, à travers la mise en œuvre de projets de renforcement du savoir-faire des professionnels de la santé, de décentralisation du système médical et de rénovation des équipements.

mediCuba-Suisse tente aussi de contrer les effets négatifs du blocus politique, économique et financier que les Etats-Unis imposent au peuple cubain, depuis près de 60 ans.

Ce soutien est possible grâce à la solidarité de nos membres, mais également à celle d’entités publiques et privées.

 

Une quarantaine de personnes sont venues à Genève écouter et poser des questions sur la situation au Brésil après le départ des médecins cubains.

Luisa Sanchez

Luisa Sanchez, Coordinatrice du secrétariat romand de mediCuba-Suisse.

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